L’acouphène est un symptôme, un langage, ce n’est pas une maladie. Découvrons ensemble ce qu’il signifie.
Comme je l’ai expliqué dans mon livre sur les acouphènes[2], l’oreille produit du bruit physiologiquement. C’est normal. L’influx nerveux produit par les oto-émissions acoustiques qui se propagent le long des voies auditives périphériques puis le long des voies centrales pour arriver en zone sous-corticale auditive, au dessous du cortex cérébral sensoriel auditif. Le temps pris pour fournir les explications anatomo-physiologiques et psychopathologiques n’est pas du temps perdu. Le patient comprend « comment ça fonctionne », il bénéficie ainsi d’images mentales, de représentations mentales qui vont le tranquilliser. Il ne s’inquiète plus, lui qui imaginait avoir une tumeur malgré plusieurs IRM ayant éliminé une lésion. « Docteur, s’ils ne passent pas c’est bien que j’ai quelque chose de grave ! » Alors par provocation, ce qui pourrait se nommer « une annonce paradoxale », nous pouvons imaginer que « c’est une chance », parce que ce bruit tendrait à prouver que l’oreille est bien vivante et qu’elle prévient d’un dépassement des limites que le corps ne peut plus supporter. Un confrère gastroentérologue entendrait dire « Docteur mon ventre fait du bruit », une cardiologue « Docteur mon cœur est bruyant, je l’entends battre dans mon thorax ». C’est normal, le corps fait du bruit. Et dans le silence, cela peut vite devenir intolérable. C’est pourquoi il est conseiller de sortir le plus souvent possible plutôt que de s’isoler parce que dehors le monde est bruyant et un niveau sonore élevé dans la limite du tolérable (pas d’excès) produit un effet de masque des acouphènes. Parfois chez ces personnes qui ne sortent plus on peut détecter une phobie sociale (13% de la population). Le symptôme est alors un prétexte (erroné) pour ne pas sortir et ainsi éviter le regard des autres. Ça peut aller jusqu’à la peur des figures d’autorité par manque d’estime de soi ou de confiance en soi. C’est alors que seront enseignées les techniques d’affirmation de soi autrement nommées « apprentissage des compétences sociales » qui leur permettront de demander de l’aide quand elles en auront besoin, de refuser quand elles ne voudront pas, de faire ou recevoir des critiques. Ces critiques provenant des autres mais aussi d’elles-mêmes pour peu qu’elles écoutent leurs discours intérieurs. Normalement il n’y a pas de meilleur ami que soi-même mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde. Ecoutez comment vous vous parlez, tous les noms d’oiseau dont vous vous affublez. Vous seuls pouvez en changer. Le psychothérapeute vous guidera.
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